Les istanis

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Messagepar Inyae » 23 Août 2012, 07:24

En reprenant l'écriture pour GW2, j'ai eu envie de reprendre les projets inachevés de GW1.
Les Lettres Tyriennes, d'Inyae Vif Eclat n'auront pas de suite vraisemblablement, si ce n'est qu'on ré-entendra peut être parler d'Inyae d'une autre façon...
Je n'ai pas abandonné l'idée d'écrire sur GW2. Mais j'attends de m'y être balladée un peu plus librement, afin d'avoir plus de matière.
Cependant la fanfiction que j'avais commencé sur Nightfall, m'inspire toujours, et j'ai fini le 4e chapitre qu'il me reste à mettre en forme. Sa place devrait être dans le forum de GW1, mais celui ci étant voué à péricliter au profit de celui-ci, je reposte donc ici les 3 premiers chapitres. Le 4e arrive donc dans les jours à venir.
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Messagepar Inyae » 23 Août 2012, 07:25

Chapitre 1 : Frères et soeur.

Serali marchait, pensive, sur le quai. Un peu plus loin, elle s'en éloignait, on pouvait entendre les pêcheurs , les marchands et les mouettes qui piaillaient tous ensemble sur cette partie du port, la criée. De tout temps, il y avait eu peu de pêcheurs, à Kamadan, bien moins qu'en d'autres endroits d'Istan, mais c'était, semble-t-il, le lieu consacré pour pouvoir vendre son poisson.
Serali etait venue par la mer, en barque, avec l'un d'eux, Kourel, un garçon de son village. Il avait fait une très bonne pêche ces derniers jours, avait-il dit, pensait avoir des bons prix. Elle n'en doutait pas. Elle l'avait aidé à décharger, mais elle ne voulait pas s'éterniser sur le port, elle sentait qu'elle risquerait trop de renoncer, et de repartir avec lui plus tard dans la journée, de retourner... à la maison.
Au fur et à mesure qu'elle progressait vers la ville, en elle même, elle tentait d'affermir sa décision. Il était étrange de se rendre compte qu’elle avait réussi à se décider, partir, quitter la maison. Serali ne croyait pas aux superstitions, au Destin, pour elle, rien n'était écrit d'avance. Et cependant en cet instant, elle avait le sentiment irréel, qu’être là prête à rejoindre les Lanciers du Soleil était ce qui devait arriver. Pour des raisons différentes, elle se souvenait, ses frères avaient ri d’elle, lorsqu’elle en avait parlé.
Sans doute, Théos, son aîné, déchanterait quand il rentrerait de son inspection des rizières, le lendemain. Il lui faudrait alors embaucher quelqu'un pour la remplacer, quelqu'un qu'il faudrait payer, et cela, le mettrait sûrement dans une sourde colère, qui le préserverait de s'inquiéter pour sa petite soeur. Théos avait hérité selon la coutume, de toute la propriété Maonil, laquelle, de toute façon, n'était pas divisible, c'était injuste, mais l'on n'y pouvait rien. Tout bon fermier, et propriétaire terrien qu'il était, Théos n'en avait pas moins l'esprit rapace d'un corsaire. Tout ou presque dans ce qu'il entreprenait, les projets pour la ferme, pour sa famille, et même ses propres enfants, trouvait une explication dans son désir insatiable d'argent. Aussi était-il tout naturel que Théos ne se sentit pas la fibre patriotique, et trouva fort stupide, que l'un des siens, pût avoir, ne serait ce que l'idée, de s'enrôler chez ces imbéciles de Lanciers.
A vrai dire, Serali ne se sentait pas patriote, non plus.
Ekhel, aussi avait ri, et c'était là le plus douloureux, d'un rire gras et condescendant, l'indice qu'il avait déjà son compte d'alcool dans le sang, tant et si bien qu'il ne devait certainement plus percevoir le sujet de la conversation. Ekhel, aurait du devenir quelqu'un de bien, ou tout au moins quelqu'un, c'était ce que pensait Serali. Enfants, ils étaient inséparables, comme le sont souvent ceux nés le même jour, se disputant et se réconciliant sans cesse. Mais, les gens changent, et Ekhel n'était plus le même, il n'était plus que l’ombre de celui qu’elle avait connu.
Vogan, leur cadet, aussi avait ri, enfin souri, à sa manière habituelle. Souri de quoi exactement, c'eût été une vaste question, Serali ne savait. Cet air énigmatique, impénétrable, c'était Vogan. Vogan, parti le printemps dernier, pour l'archipel zaishen. Drôle de destination pour un érudit. Il aurait dû aller étudier à Kodash, se disait Serali, on racontait qu'il y avait de magnifiques bibliothèques dans les palais des princes vabbians. C'eût été tellement plus logique, et tellement moins loin. Elle aurait presque pu lui en garder rancune de ce départ, et du vide qu'il avait laissé derrière lui.
Elle ralentit le pas, elle venait d'entrer dans la ville proprement dite. Ce n'était pas vraiment la première fois qu'elle mettait les pieds à Kamadan. Leur père, Dwayna protège son âme, les y emmenait chaque année, pour les festivités d'Hivernel, mais les souvenirs qu'elle en gardait se rapportait aux lumières, aux friandises, aux jeux avec ses frères, et aux spectacles relatant le combat entre Grenth et Dwayna, l'ombre et la lumière, et leurs serviteurs, mais rien concernant le nom des rues et des lieux dits de la cité. Il faudrait chercher, elle trouverait, de toute façon, Kamadan n'était pas si grande.
Alors qu'elle s'arrêtait pour se repérer, elle entendit quelqu'un l'appeler.
Ce ne pouvait être Kourel, elle lui avait clairement explicité, qu'elle ne rentrerait pas avec lui.
" - Serali "
Non, c'était une voix bien plus familière. Elle se retourna. Ekhel.
Il accourait, ou plutôt titubait dans sa direction. Son accoutrement, sa démarche, son teint pâle, tout en lui faisait peine à voir. Elle l'attendit, le laissa reprendre son souffle. Il empestait la liqueur des marais. Deux mois qu'elle l'avait vu pour la dernière fois.
" - Que fais-tu si loin de la maison ?"
Serali hésita, Ekhel était-il seulement en état de comprendre ? Et plutôt que de répondre, elle lui renvoya d'un ton abrupt :
" - Et toi, d'où sors-tu, Ekhel ?"
Il grimaça. Il n'y avait nulle bienveillance dans le regard de sa soeur.
" - De quelque taverne, je gage, à l'odeur..., poursuivit-elle
- J'ai à peine bu ce matin, se défendit il avec vivacité, puis reprenant sa respiration : cela fait des mois, que l'on ne s'est vus, ma jumelle."
Il s'appuyait sur un mur, et se tenait les côtes avec l'autre bras en travers.
" - Pas par ma faute, murmura t'elle entre ses lêvres."
Il baissa les yeux.
" - Je sais. Tout va si mal, ces temps-ci... Je suis désolé, Serali. Mais... "Il se redressa, tenta d'esquisser un sourire, "ça va aller mieux, a prèsent, non ? à présent qu'on s'est retrouvés ?"
Serali soupira. C'était douloureux d'avoir à se montrer dure avec lui, l'impression de piétiner une part d'elle-même. Elle se surprit à dire :
" - J'ai quitté la maison."
Tout d'abord, il ne dit rien, hocha la tête, peut-être, qu'au fond malgré les brumes qui noyaient son esprit, il devinait pourquoi. Après un temps, il demanda :
" - Que vas tu faire ?
- M'enrôler chez les Lanciers du Soleil. On verra bien, ce que ça donnera. Et si ils ne veulent pas de moi, je trouverais autre chose. Mais je ne retournerais pas là-bas. Tant pis pour Theos, pour la propriété. Tant pis pour la famille."
Elle le vit grimacer à nouveau. C'était inquiétant.
" - Tu as vraiment mauvaise mine, Ekhel. Par Dwayna, tu ne peux pas continuer comme ça!"
Elle lui attrapa la main, qu'il tenait par devant sa chemise.
" - J'ai une idée. Viens avec moi!
- Quoi ?!
- Allez viens, Ekhel."
Elle tira sur son bras. Il résista faiblement. Elle lui avait connu une plus grande force.
" - Ton idée... ? Je n'ai pas compris.
- Les Lanciers.
- Non! "
Il retira la main de son emprise.
" - Non, Serali, pas ça, pas maintenant."
Il avait le regard rivé au sol à présent.
" - Alors quoi et quand, Ekhel ?"
Après un bref silence, sans lever les yeux, il répondit :
" - Grenth seul le sait."
Ce n'était pas une réponse, du moins pas pour Serali, ce n'était pas honnête, c'était indigne de lui, de ce qu'il avait été. Autrefois.
Elle resta un moment sans rien dire, l'accablant de son regard, alors qu'il ne soulevait toujours pas ni son visage ni ses yeux. Puis du même ton solennel qu'il avait pris, elle reprit :
" - Autrement dit : rien et jamais. "
Elle se détourna, fit quelques pas, s'arrêta et semblant s'adresser à la rue, à l'espace vide devant elle :
" - Au revoir, Ekhel."
Sans se retourner, elle s'éloigna, sentant affluer des larmes de rage et de chagrin mêlées.
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Messagepar Inyae » 23 Août 2012, 07:25

Chapitre 2 : Hasard

Ekhel regarda sa soeur s'éloigner.
La douleur de son côté gauche commençait à irradier le long de son épaule et de sa nuque. Il souleva sa chemise prudemment. La plaie était large, elle ne saignait plus, mais avait pris une curieuse teinte jaune, et la douleur, le tiraillement intérieur ne faisaient qu'empirer. Il maudit la guérisseuse qu'il avait consulté quelques heures plus tôt, son onguent à base de liqueur des marais, et de pétales d'iboga, ne lui avait rapporté que cette odeur malsaine, qui lui avait valu les reproches de sa jumelle.

Il contempla la rue, elle avait disparu...
N'aurait il pas dû lui courir après? Pour lui dire... Mais que lui dire justement ?
Non, c'était aussi bien.
Il comprenait le choix de Serali, mais il doutait qu'elle put jamais comprendre le sien.

Le soleil commençait à monter, et sa chaleur à peser sur Ekhel. La douleur ne cessait de marteler à la porte de son esprit, et il se sentait incroyablement las. Il lui fallait prendre une décision, mais avant, il avait besoin de repos. Il reprit sa démarche titubante vers l'auberge, sans prêter attention aux passants qui s'écartaient de son chemin, dégoûtés et scandalisés.

La salle principale de l'auberge, au petit matin, sentait le renfermé, l'herbe brûlée, et le mauvais alcool. Le sol collait sous les pieds. Mais, c'était pour Ekhel des sensations familières.
Il s'était tenu là quelques heures plus tôt... cette nuit, au fond près de la fenêtre qui donnait sur le jardin. A cette table, où il avait déjà passé de nombreuses nuits, à ressasser les mêmes idées. En réalité, Ekhel attendait. Il attendait une occasion de se jeter, corps et âme perdus, dans une situation qui ne pourrait qu'inévitablement conduire à sa mort.
Et... il se pouvait bien, se faisait il alors la réflexion en traversant la salle, qu'une occasion se fut présentée cette nuit là :

Il se tenait, aux bords de l'ivresse, seul, comme à son habitude. C'était une soirée plutôt calme à la taverne, aucune bagarre n'avait encore éclaté.
Tout commença à l'instant où il entendit ce bruit au dessus de lui et leva les yeux vers le toit de roseaux. Ceux-ci semblaient trembler de façon infime.
En jetant un regard bref autour de lui, il se rendit compte qu'il était seul à s'en apercevoir. Il crut que c'était l'alcool qui embrumait son esprit, mais la tension qu'il avait perçu dans les roseaux perdurait. Il eut alors cette certitude : quelqu'un ou quelque chose se tenait au dessus, sur le toit!
C'est alors qu'il les entendit : deux voix au-dehors, l'une remplie de menace, et l'autre, calme et contenue. Sans trop savoir pourquoi, il se leva vivement, et accourut à la porte du jardin. En s'encadrant dans la porte, il comprit qu'il ne passerait inaperçu de personne: la lumière de l'auberge projetait son ombre sur la terre devant lui. Fuir ne vint pas à l’esprit d’Ekhel.
Il se retourna. L’homme sur le toit portait un vêtement sombre, et un masque noir ne laissant voir que ses yeux. Des deux autres protagonistes, Ekhel ne distinguait que des silhouettes plus éloignées dans le jardin. De l’analyse qu’il fit de la situation, aussi rapidement que son état le lui permit, il pensa que cela ne semblait pas être une simple bagarre d’ivrognes. Mais il n’eut guère le temps d’en deviner plus, car son irruption le désignait, lui, comme un intrus malvenu.
Et, alors qu’il entendait s’élever, de l’autre côté, ce qui ressemblait à une incantation, l’homme du toit se rapprocha du bord des roseaux, et sauta sur Ekhel, qui ne put s’esquiver. Il se retrouva, dos au sol, et entraperçut deux éclats lumineux près des mains de son assaillant. Il réussit tant bien que mal à retenir le premier coup, mais ressentit brutalement la morsure froide d’une lame entailler la chair de son flanc gauche.
A partir de cet instant, il lui sembla agir par instinct, et le souvenir qu’il garda de cela par la suite resta confus. Sans trop comprendre comment, galvanisé par la douleur, et par la pensée d’une mort imminente, il repoussa son adversaire, attrapant son bras gauche avec violence. Il entendit craquer quelque chose, et sans s’en soucier s’empara d’une des deux courtes lames de l’autre.
Ekhel n’avait jamais tué, ni assisté à la mort de quelqu’un auparavant. Il enfonça plusieurs fois la lame acérée dans le corps, l'homme se raidit, puis bascula en arrière, entrainant Ekhel avec lui, et quelques infimes instants plus tard, il sentit le moment exact où la vie quitta son adversaire. Plus encore que le sang qui lui recouvrait les mains et les bras, il fut troublé par cette sensation, cette résignation ultime, qui le traversa.
Il resta au dessus du corps inanimé, comme paralysé, jusqu’à ce qu’une voix derrière lui ne le ramène à une certaine réalité.
« - Hé, merci! »
Ekhel s’arracha de la terrifiante contemplation du cadavre, et se tourna vers la voix. Il y avait un homme vêtu sombrement lui aussi, et un peu plus loin, un autre cadavre luisant… qui semblait … fumer ?! Une légère brise ramenait un air glacé.
Ekhel se releva. Il parvint à dire :
« - Qui êtes vous ? »
L’autre examina les deux corps, tour à tour, semblant hésiter. Il finit par dire :
« - Hasard. »
Décontenancé, Ekhel, pensant qu’il parlait de l’agression des deux hommes, reprit :
« - Je crains bien que le hasard n’ait rien à voir là-dedans. »
L’homme sourit.
« - Non, Azaar, c’est mon nom. Et vous me direz le vôtre, mais un peu plus tard…»
Puis observant Ekhel avec attention, puis les deux corps inertes :
« - Vous êtes couvert de sang, allez à la fontaine à quelques rues d’ici, je vous rejoindrais. Je vais m‘occuper de … ça.»
Totalement hébété, Ekhel obtempéra, et s’éloigna vers un portail qu’il aperçut au fond du jardin.
La fontaine était assez éloignée de la taverne, et à la réflexion, alors que ses esprits lui revenaient peu à peu, il en était soulagé. En y parvenant, il retira sa chemise ensanglantée, la blessure au flanc lui parut profonde et continuait de saigner. L’angoisse l’envahit de nouveau.
Sans qu’il l’eût entendu arriver, la voix d’Azaar le surprit :
« - Vous êtes plutôt amoché, l’ami.
- C’est étrange, répondit Ekhel, troublé. J’ai toujours cru que j’accueillerais la perspective de la mort avec soulagement, mais, Grenth m’en est témoin, je ne ressens finalement qu’une effroyable peur. »
Il prit une profonde inspiration avant de reprendre :
« - Mais tout ceci doit vous paraître inepte… »
L’autre le considéra avec un sourire énigmatique.
« - Non, je crois que je comprends ce que vous voulez dire…Vous ne m’avez toujours pas donné votre nom…
- Cela a t’il une quelconque importance ? Si je meurs…je ne serais qu’un cadavre de plus à faire disparaître.
- Vous n’allez pas mourir.
- Ekhel… Ekhel Maonil. Mais, je vois mal ce que mon nom pourrait vous apporter.
- Il est toujours utile de savoir à qui on est redevable… »
Et après une courte pause, Azaar rajouta :
« - …Et par conséquent, à qui on pourrait rendre un service. Retrouvez-moi demain soir à l’Astralarium. En attendant, vous irez voir une guérisseuse de ma connaissance, pour cette blessure. Une maison grise, à l’angle du Consulat, vous trouverez facilement. »
Et sur ce, il s’ éloigna dans le noir.
« - Un service ? Murmura Ekhel
Azaar, sans se retourner, reprit :
« -Vous viendrez, j’en suis sûr. »


Ekhel chassa ces souvenirs. Dormir avant tout. Il se dirigea vers le couloir des chambres de la taverne, vers sa chambre. Et une fois, dans la pièce étriquée, il s’allongea sur la couche de feuilles et de roseaux, et s’abandonna à la torpeur.
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Messagepar Inyae » 23 Août 2012, 07:27

Chapitre 3 : Une pierre parmi les pierres

Serali regardait son reflet dans le miroir : des cheveux plus courts, le bandeau offert par Ekhel il y a des années… Il ne manquait plus que l’uniforme, une profession, une arme, une affectation, et bien d’autres choses encore, pour devenir une autre… Serali Maonil, Lancier du Soleil.
Les papiers étaient signés depuis quelques heures. Elle avait rejoint le dortoir des apprentis, mais il était vide à cette heure de la journée… Elle ne commencerait la formation que le lendemain, avait dit l’officier chargé du recrutement. Aux champs de Churrhir à l’aube...
Le dortoir vide contenait quatre couchages identiques, rudimentaires, mais convenables. Elle se demanda qui partagerait cette chambre avec elle.
Elle avait eu l’idée de se faire couper les cheveux, n’ayant pas voulu que sa longue tresse ne la fasse passer pour une provinciale. Et à présent qu’elle observait son reflet, elle prenait conscience de l’inutilité de cette décision ; la peau brunie par les heures passées au soleil dans les rizières, les cals sur ses paumes témoins d’un travail manuel répétitif, elle ne pouvait les cacher. Elle prenait aussi conscience de la futilité de cette préoccupation, pourquoi aurait-elle dû nié ce qu’elle avait été ?
Alors qu’elle était ainsi plongée dans ses réflexions, elle entendit frapper à la porte du dortoir. La porte s’ouvrit, sans attendre de réponse, laissant passer une jeune femme à la peau très foncée, aux cheveux courts coiffés d’une façon un peu similaire à celle de Serali, et qui portait une tenue rose pâle composée d’un sarouel et d’un chemisier court.
La jeune femme sourit et tendit la main vers Serali.
«- Mon nom est Herta, je viens de m’engager. »
Serali serra la main tendue.
«- Serali, murmura-t’elle timidement. »
L’autre, tout sourire, se dirigea vers l’un des lits.
«- Parfait! Un vrai lit! »
Sans attendre ni réponses ni participation de Serali, Herta se mit à énumérer toutes les qualités que devait avoir un bon lit : de bons draps, un matelas juste assez dur, un bon oreiller... Puis elle continua son monologue, espérant que le lieu fût calme, que personne ne ronflât, qu’il ne fît ni trop chaud, ni trop froid dans cette pièce. Et finalement, elle en vint à la conclusion que, de toute façon, elle pourrait dormir n’importe où et dans n’importe quelles conditions. Durant tout ce temps, Serali contempla la jeune femme, intriguée et déroutée. Après de longues diatribes, Herta prit soudain conscience du regard posé sur elle.
« -Oh, pardon, dit elle, vraiment confuse. Moi et mes inepties! Lyssa me joue des tours ! Je suis désolée de vous ennuyer avec tout ça. » Elle soupira et s’assit sur le lit. « C’est juste que... je me sens si fatiguée... tout le temps... »
Serali s’assit à coté d’Herta, et souriant, elle répondit :
« - Il n’y a aucune raison de s’excuser. C’est aussi mon premier jour ici, et je suis moi même un peu perdue. »
Peu à peu, en discutant, elles firent plus ample connaissance. Herta était d’origine vabbianne, mais avait peu passé de temps à Vabbi. Sa mère étant décédée, dans sa plus jeune enfance, elle avait vécu sur la route avec son père, un érudit qui étudiait les pierres, voyageant partout sur Elona. Chaque semaine, un nouveau lieu, de nouvelles personnes à rencontrer,.. un lit différent où dormir...
Tout en racontant son histoire, Herta commençait à déballer et à ranger ses affaires.
L’attention de Serali fût attirée par une lourde boite en bois, de facture très simple, dont la présence tranchait, au milieu des tenues excentriques roses de la jeune femme.
« - C’est mon coffre à pierres », dit Herta, en s’en saisissant, pour l’ouvrir, et offrir son contenu au regard de Serali.
L’intérieur révéla à Serali une myriade de couleurs et de formes extraordinaires. Il y avait là des pierres qu’elle n’avait jamais vu, ni jamais imaginé qu’il put quelque part en exister de pareilles. Certaines devaient être précieuses, ou semi-précieuses, et d’autres plus simples.
« - J’en ai ramassé une, à chaque endroit que nous avons visités, commenta Herta. »
Puis, après une pause, elle ajouta :
« - Je vous en offre une, n’importe laquelle. Pour me faire pardonner de vous avoir rabâché les oreilles, au sujet de la literie.
- Oh, non, je ne voudrais pas... Enfin, je veux dire, ces pierres sont importantes pour vous, chacune d’elles a une signification, j’imagine... Je ne veux en aucun cas vous voir vous en séparer. »
Herta haussa les épaules, et répliqua, avec amusement :
« - Je ne m’en séparerais pas vraiment, puisqu’elle sera avec vous, et vraisemblablement, nous serons fréquemment ensemble, non ? Allez y !
- Bien, si vous insistez... »
Ne sachant laquelle choisir, Serali ferma les yeux et plongea la main dans la boite, attrapant le premier caillou venu.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, tout avait disparu : le dortoir, Herta...
Il n’y avait plus qu’elle, la pierre dans la main, sur une plaine déserte, sous un ciel noir.
Au loin, elle entendit le grondement d’un orage. Un vent froid soufflait sur son visage.
Dans la brume, un peu plus loin, des formes se mouvaient. Et plus elle les fixait, plus ces formes gagnaient en netteté, dévoilant des choses monstrueuses, des gueules, des crocs, des yeux gigantesques, des tentacules, des carapaces hideuses. La peur étreignant son esprit, Serali ne pouvait bouger, forcée de contempler... ses créatures qui semblaient se rapprocher. Il fallait fuir, mais elle n’arrivait pas à bouger...
Et puis, aussi soudainement qu’il était apparu, ce spectacle morbide s’évanouit, révélant Herta, souriante, dans le dortoir, tenant toujours sa boîte.
« -Hé bien ! Qu’y a t’il ? Vous voilà d’un coup bien songeuse ! » dit elle en riant.
Serali ne dit mot. Quoiqu’il ait pu se passer, elle se sentit incapable de le décrire. Et ce qu’elle avait vécu, ces images, ces sensations, commençait à perdre de leur consistance, un peu comme les rêves disparaissant rapidement au réveil. Elle contempla le caillou dans sa main. La pierre était noire mais brillait d’un éclat violet, et sa surface semblait inaltérée, comme si elle venait d’être coupée d’une façon très nette.
Et au toucher, elle semblait plus froide qu’elle ne l’aurait dû.
« - C’est étrange », dit Serali, à voix basse.
« - Oui, celle-là, c’est mon père qui l’a trouvé, à Istan justement, prés des ruines d’une ancienne cité désertée.
- Farhanur ?
- Oui, c’est ce nom qu’il avait donné. Ca a une importance ?
- Les gens de mon village racontent que cet endroit est maudit. Mais j’imagine que toutes les ruines ont leur part de légendes...»
Herta ajouta :
« - Ce qu’il y a de vraiment étrange, c’est qu’on la dirait taillée avec des outils très précis. Or, je ne connais aucun outil, capable d’un travail aussi fin. C’est fascinant, non ? »
Serali répondit en souriant :
« - Oui, si on veut. Les pierres, c'est ce que votre père étudie ?
- Plus ou moins, il recherche des traces de l’histoire d’Elona, les pierres sont les témoins de cette histoire, elles se forment sur de longues périodes, puis sont modifiées à travers le temps. Cela nous révèle comment était le monde avant. Voyager avec lui, c’était passionnant... » soupira t’elle.
« - Pourquoi ne continuez-vous pas à voyager avec lui ?
- Cela n’est pas possible, répondit Herta, d’une voix remplie de regrets, j’aimerais, mais ça n’est pas possible, les études qu’il fait sont financées par un noble riche vabbian, mais cet argent n’est plus assez important, pour faire vivre deux personnes adultes. Il faut que je fasse mon propre chemin, à moi seule. Je ne peux pas continuer à vivre à son crochet, de toute façon.
Après une pause gênée, elle rajouta, comme pour se rassurer :
- J’aurais pu choisir pire comme voie, non ? Aucune guerre à venir, nous serons tranquilles, nous pourrons dormir tranquilles. Enfin, j’espère... »
Serali ne put s’empêcher de sourire.
La journée touchait à sa fin.
D’autres aspirantes Lanciers arrivèrent plus tard, mais se révélèrent moins loquaces qu’ Herta.
Elles partagèrent ensemble le souper dans la salle commune de la caserne, puis rentrèrent se coucher tôt, conscientes que la journée de demain serait importante, demain commençait cette nouvelle vie, qu’elles avaient choisie.
En s’endormant cette nuit-là, Serali repensa à Ekhel, et ne put s’empêcher de regretter les mots qu’elle avait prononcés.
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Messagepar Rhaegar Targaryen » 23 Août 2012, 10:27

Waouh !!
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Re: Les istanis

Messagepar Inyae » 23 Août 2012, 21:03

Chapitre 4 : Le rendez-vous

Ekhel émergea dans une douloureuse réalité. Ses rêves avaient été brumeux, et son sommeil agité. Des rais de soleil filtraient au travers des roseaux du toit. La chaleur qui baignait la pièce lui semblait presque aussi pénible que l'élancement douloureux de sa blessure.
Il essaya de se soulever du lit, et constata qu'il était couvert de sueur.
Il inspecta l'entaille qui lui traversait le flanc : elle avait toujours cette curieuse teinte jaunâtre, mais ne présentait ni écoulement, ni gonflement, ni odeur nauséabonde, signes habituels d'infection. Pourtant, il se surprit plusieurs fois à frissonner. Ekhel n'avait jamais été blessé aussi profondément de sa vie, néanmoins, il préssentait qu'il y avait là quelque chose d'anormal : il n'aurait pas dû avoir aussi mal.
Il se remémora brièvement les événements de la nuit et de la matinée passées. L'homme à qui il avait prêté main forte, Azaar, avait parlé d'un rendez-vous... L'Astralarium. Il pouvait y être pour le coucher du soleil, s'il se mettait en route immédiatement.
Il attrapa une chemise, et l'enfila. Avant de sortir de la chambre, il aperçut son reflet dans le miroir, et s'aperçut qu'il avait un teint blafard et maladif. Il quitta l'auberge, et rapidement malgré la douleur qui martelait à la porte de son esprit, il traversa la ville et rejoignit les portes menant aux plaines de Jarin. Il prit vers le nord, à dessein de passer derrière la Grande Salle des Lanciers et de rejoindre ensuite, en traversant la lagune, l'Astralarium.
Le soleil avait commencé sa course vers l'ouest, et se teintait déjà d'orange au dessus de l'horizon. Il disposait de moins de temps qu'il ne l'avait supposé. Il pressa le pas, tentant d'ignorer la recrudescence douloureuse que ce changement d'allure entraînait. Lorsqu'il atteignit enfin le marais, il entrevit un espoir : l'eau tiède pourrait sûrement apaiser les récriminations de son corps. Il n'en fut rien, à peine avait il pénétré dans l'eau, il fut parcouru de frissons, et commença à ressentir la nausée, et chaque pas ne fit qu'empirer son état. La chaleur humide devenait étouffante. Tout cela n'était pas normal. Sa vision se troublait...
Un soudain éclair de lucidité traversa finalement toutes ses désagréables sensations : on l'avait empoisonné !
La guérisseuse et son onguent... Il la maudit. Et celui qui lui avait conseillé cette femme, ce même homme qui lui avait demandé de se rendre à l'Astralarium, vers lequel il accourrait tête baissée...
Il ressentait à présent, le poison irradier douloureusement dans chaque partie de son être, et il eût la certitude qu'il allait mourir. Il sentit ses jambes céder sous son poids.
"- Non, murmura-t-il"
Ce n'était pas ainsi qu'il devait mourir. Laisser le poison venir à bout de lui, cela semblait être la plus lâche des morts envisageables. Il ne mourrait pas sans se battre. Il se redressa, et mû par une rage interne, que chaque douleur, frisson, nausée ne faisait que renforcer, il reprit la marche, résolu à confronter celui qui en était responsable. Ainsi, il traversa la lagune.
Le soleil commençait à décliner, et donnait des éclats orangés à la terre autour de l'Astralarium.
Il n'était plus qu'à quelques mètres du lieu de rencontre, lorsqu'il perçut l'écho d'une discussion. Mais les personnes à qui appartenaient ses voix n'étaient pas visibles, cachés à sa vue par les rochers et les hauts buissons. Aussi discrètement que lui permettait son état, Ekhel se rapprocha pour entendre plus distinctement, et se glissa dans un fourré d'herbes odorantes qui se trouvait là et qui offrait, il l'espérait, une planque suffisante. De là, il ne pouvait apercevoir les deux hommes qui parlaient.
"- Etes vous sûr ? Vous avez toujours opéré seul jusqu'ici, et avait refusé tous les acolytes que je vous ai proposé. Pourquoi changer d'avis maintenant? Pourquoi cet homme précisément ?
- J'ai fait mon choix, Maître. J'ai lu le désespoir, la douleur de vivre, la culpabilité, dans ses yeux.
- Comme ils étaient dans les vôtres, autrefois. Vous n'avez pas laissé vos sentiments derrière vous, mon ami. Ils vous entravent...
- Ce sont ces sentiments qui m'ont conduit à vous, c'est ce que vous cherchiez, c'est ce que nous cherchons.
- Nous verrons. Tout dépendra de lui.
- Je suis certain qu'il fera le bon choix, puis, élevant la voix, je me trompe, Ekhel ?"
Ekhel se redressa brutalement, et faillit perdre l'équilibre. Sa vue était de plus en plus trouble. Dans la lumière cuivrée du couchant, deux ombres se rapprochaient. L'une des deux devait être Azaar. D'une voix qu'il espérait ferme mais qui ne l'était pas, Ekhel souffla :
"- Vous... Vous m'avez empoisonné!"
- Oui, c'est bien ce que j'ai fait, répondit l'une des voix avec calme.
- Pourquoi ? Je vous ai aidé. Peut être même ai-je sauvé votre vie.
- Et je vais sauver la vôtre. Sûrement...Cela fait trop longtemps que vous feignez de continuer à vivre, avec pour uniques compagnons, le dégout et la culpabilité. Cela doit finir.
- Que... ? Qu'en savez vous?"
Ekhel tituba en arrière, tentant d'échapper à l'ombre qui se rapprochait, jusqu'à ce que son dos rencontre le tronc d'un viel iboga. Il était acculé.
Après une pause, l'homme reprit :
"- J'étais comme vous, je... Il allait rajouter une explication, mais il se ravisa. J'ai une proposition à vous faire.
- Une proposition, interrompit Ekhel, vous m'empoisonnez et vous comptez que je traite avec vous!
- Oui, car je n'ai à vous offrir que des choix acceptables. Soit vous mourrez ainsi que vous le désirez tant, soit...
- Mourir par le poison... ! ? Vous vous trompez, ce n'est pas ce que je désire.
- Je peux vous offrir une autre mort, si vous le souhaitez, une mort honorable, un dernier combat... Le poison n'est que mon assurance, celle que vous ne fuirez pas avec le secret de notre rencontre et de mon nom.
- Votre nom a donc une valeur, murmura Ekhel.
- Oui, et je vous l'ai offert. C'est une faveur.
- Cela a plutôt l'air d'une malédiction, de mon point de vue. Quel est l'autre choix?
- La rédemption. C'est une voie difficile, mais la seule issue qui existe, la seule qui permette de mener une vie acceptable, à défaut d'être honorable. Je vous propose de servir les desseins d'Elona, et de protéger ce qui nous est cher, la vie sur cette terre, la vie des autres, si ce n'est la nôtre.
- J'ai déjà refusé de rejoindre les Lanciers du Soleil. Ce matin-même.
- Les Lanciers? Nous ne sommes pas des Lanciers. Les Lanciers, ... , oui, en théorie, leurs intentions sont louables. Mais, la gloire, les intérêts, l'ambition personnelle ont détourné depuis longtemps leurs dirigeants des vrais problèmes. Ils n'arrivent pas à voir ce qui est juste pour Elona.
- Et vous, vous le pouvez ? marmonna Ekhel, dubitatif.
- Nous essayons, reprit le deuxième homme, jusque là resté silencieux. La voie que nous vous proposons n'est pas dorée. Elle nécessite des sacrifices et n'offre rien de plus en retour que le sentiment que l'on retire lorsqu'on a accompli ce que l'on jugeait juste. Nous ne nous glorifions pas de nos actions et elles sont ignorées de tous.
- C'est ce que vous m'offrez ? La mort ou une vie de devoirs et de sacrifices? Rien de plus reluisant ? Combien d'esclaves avez-vous asservis de cette façon ?
- Des esclaves ? ... Je dirais plutôt des hommes libérés de l'entrave d'une vie misérable.
- Oui, reprit Azaar, honnêtement Ekhel, qu'a donc de reluisant votre vie actuelle ? Est ce vraiment le choix que vous feriez, si vous le pouviez ? Noyer jour après jour votre souffrance sans jamais pouvoir la faire disparaître..."
Ekhel s'appuya en arrière sur le tronc de l'arbre. Le poison l'affaiblissait de plus en plus. Le soleil était passé derrière l'horizon et une brise fraîche, trop fraîche pour le corps en sueur d'Ekhel, s'était mise à souffler. L'obscurité s'ajoutait au trouble grandissant de sa vision. La douleur, qui avait largement dépassé les limites de l'intolérable, irradiait dans chacun de ses muscles. Il allait mourir.
L'ombre d'Azaar se rapprocha encore.
"- Il faut choisir vite, sinon il sera trop tard pour une mort honorable.
- Vous avez parlé de sacrifices, qu'entendiez-vous par là ?
- Renoncer à la culpabilité qui vous ronge a un prix : il faudra vous défaire des liens vous liant à ceux qui vous sont chers. Renoncer à les revoir, pour tout le temps où vous serez parmi nous. En brisant ces liens, vous les protégerez mieux que vous ne le pourriez autrement. Et ils pourront mener leur vie librement, libérés du fardeau de votre vie dissolue."
Ekhel pensa immédiatement à Serali. Sa jumelle... Ils étaient si complices, avant...
" - Je ne peux pas." dit-il et sa voix lui parut plus décidée qu'auparavant.
La voix d'Azaar se fit plus douce et en même temps plus sincère.
"- Vous ne pouvez pas, mais en réalité, vous l'avez quasiment déjà fait. Vous vous êtes isolé de vos proches, vous avez déjà renoncé à partager votre souffrance avec eux. Vous avez refusé leur aide, je me trompe ?
- Comment savez vous ?
- Je l'ignore, Ekhel. En vous rencontrant, j'ai perçu l'écho de ma propre souffrance, de ma propre errance passée. J'ai donc supposé le reste."
Le ton d'Azaar redevint ferme.
"- Il fait presque nuit, à présent, vous devez faire un choix et vite..."
Dans l'esprit d'Ekhel, une lueur de compréhension s'était faite jour. Mais la rage d'être ainsi manipulé continuait de le ronger. Il fixa Azaar. C'était l'homme qui l'avait empoisonné délibérément, mais sur son visage, il n'y avait nulle haine. Et nulle pitié non plus. Ekhel était là sous leurs yeux, amoindri par le poison, son existence noyée dans la honte et le dégout, et ces deux hommes le regardaient, comme plus personne ne l'avait fait ces derniers temps, comme un égal, un être libre de son choix...
Après un long silence :
"- D'accord, je vous suis, dit il, puis dans un râle pénible, il demanda : Où est l'antidote ?
- Il n'y en a pas."
Ekhel tenta de faire un mouvement de protestation, mais son corps refusa.
"- Calmez- vous." Azaar posa la main sur l'épaule d'Ekhel. " C'est l'ultime épreuve. Vous devez me faire entièrement confiance. Pour vous débarrasser du poison, vous devez cesser de lutter contre lui.
- Si je fais cela, je vais mourir, gémit Ekhel.
- C'est ce que votre corps croit, mais c'est faux. Si vous continuez à le combattre, vous mourrez. Vous devez le laisser gagner. Vous devez me faire confiance, en dépit de tout ce que vous ressentez. Si vous avez des doutes, alors ce sera fini."
Ekhel grimaça. Réfléchir ne servait plus à rien. Dans quelques minutes, il agoniserait. Il se concentra, tentant de visualiser son corps mentalement. Une bouffée de fièvre le fit frissonner.
Il s'allongea au sol et força ses muscles à se détendre. A l'intérieur, il se sentait bouillir. Un haut-le-coeur le traversa, il ne résista pas et un goût acide et acre vint emplir sa bouche.
Azaar s'était assis à coté du corps allongé.
"- C'est presque ça."
La douleur atteignait un paroxysme. Au lieu de lui résister, il l'accepta, la laissa s'emparer de son esprit. Elle augmenta encore. Il allait mourir, c'était certain. Il accepta ce fait. Il accepta la mort. Et ce faisant, brutalement, la douleur commença à refluer. Elle partait. Ekhel en avait conscience, il ressentait que le poison était toujours là. Il le serait toujours, mais il cessait de lui être nocif. Ekhel inspira profondément, et ouvrit les yeux.
Azaar préparait un cataplasme.
"- On va enfin pouvoir soigner correctement cette plaie", dit-il en étalant l'épaisse pâte blanchâtre, sur la blessure.
Le contact en était délicieusement frais. Avec surprise, Ekhel murmura :
"- Je suis vivant, je vais vivre...
- Oui, et vous êtes l'un des nôtres, à présent, annonça le deuxième homme, qui s'était tenu à l'écart, dans l'ombre. Nous appartenons à l'Ordre des Soupirs, une très ancienne organisation dont l'objectif est de protéger Elona. Azaar vous accompagnera dans votre Initiation. Mon nom est Jurah, je suis le Maître des Soupirs."
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ex Cheftaine blonde, TODK de coeur

L’auteur Inyae a été remercié par : 2
hubertvn (24 Août 2012, 01:44) • Akai (24 Août 2012, 00:11)
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Inyae
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